LETTRE AUX BIBLIOTHÉCAIRES

Note de Dominique de Saint Mars sur l’utilisation de Max et Lili en Bibliothèque
Le 27 octobre 2014

Je voudrais m’adresser à vous les bibliothécaires qui avez un rôle si important pour faire connaître les livres, les mettre à disposition, et transmettre les valeurs auxquelles vous croyez.

Extrait de « Lili a peur des contrôles »  Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram
Extrait de « Lili a peur des contrôles » Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram

La série Max et Lili

Je voudrais vous dire 2 ou 3 choses sur la série Max et Lili qui compte maintenant 107 livres et que j’écris pour les enfants de 6 à 11 ans depuis plus de 20 ans, sur cette série surprenante, différente, qui dit la vérité, qui est drôle, parfois crûe et insolente mais toujours universelle sur la comédie humaine.  Les sujets de Max et Lili ne sont pas suggérés comme dans la plupart des livres de jeunesse, mais chaque sujet est abordé en profondeur. Chaque livre est un petit traité de sagesse ! Et la puissance de l’illustration de Serge Bloch, en donnant corps à l’émotion et à l’humour, touche au plus profond l’être et la sensibilité de l’enfant. La série est donc un univers en soi et doit être traitée comme tel. J’ai toujours été persuadée que c’était un service qu’on rendait à l’enfant de lui permettre cette initiation. Son succès le prouve.

Différentes lectures

Vous proposez une lecture individuelle, des accueils de classe avec projet pédagogique ou des rallyes lecture. Ils installent des tables de présentation par thématique avec d’autres livres (sur la mort, le respect, la nature), ou encore une lecture conseillée.

En France, Max et Lili est de loin la première sortie en bibliothèque. Je me souviens d’une réflexion d’un bibliothécaire étonnée par le succès : « Mais vous avez mis un filtre dans ces petits livres ! C’est pas croyable comme les enfants y sont attachés ! »

TOP 50 BIbliothèques copie
Titres les plus empruntés dans les bibliothèques de lecture publique en 2104

Le format du livre

Le grand avantage de Max et Lili, c’est que ça ne prend pas trop de place dans une bibliothèque ! C’est un format qui ne rebute pas l’enfant. Au contraire, il se l’approprie. C’est son livre à lui. C’est de la B.D.  Et il n’est jamais découragé comme avec un gros livre. Beaucoup de professeurs ont remarqué que des enfants fâchés avec la lecture y ont retrouvé goût grâce à Max et Lili.

L’emplacement dans la bibliothèque

Souvent les enfants n’osent pas demander conseil… Le mieux est donc que la collection soit rangée dans un coin à part, ni dans le rayon Album ni dans le rayon B.D. mais plutôt classée dans le « Vivre Ensemble » car il est bien question de savoir-être…

Un endroit où la collection se voit dans sa globalité, dans un bac, en facing,  à hauteur d’enfant.  L’enfant n’est pas obligé de regarder la tranche comme sur les rayonnages, il farfouille et il trouve le sujet qui l’intéresse ou le problème d’un copain. Et souvent on retrouve les enfants qui les lisent ensemble et en discutent. Ils adorent même les ranger et s’empressent de les porter au bibliothécaire pour qu’il le répare ou en rachète un si un des livres est trop usé.

Nombre de titres

Si l’enfant goûte à un livre, il a envie de continuer. C’est un rendez-vous que l’enfant prend avec Max et Lili. Il connaît les personnages, donc il ne s’attache qu’au sens de l’histoire et aux rebondissements. Si vous voulez que ça marche, il faut prendre le maximum de titres, pour que ça s’impose comme collection. S’il n’y en a que 3, ça ne se voit pas. L’offre va créer le lecteur. Quand c’est bien, il ne faut plus compter !

Rôle social

La bibliothèque a évidemment un rôle social primordial quand elle propose une éducation à l’intelligence émotionnelle et aux règles de la société, quand elle donne accès à des livres auxquels ils n’auraient pas accès, comme ce Max et Lili sur le chômage, la prison, le racket, les abus sexuels, ou une maman alcoolique… Ces livres ne sont pas forcément achetés par les parents et donc les enfants n’y auraient pas droit.  Vous permettez aussi que le livre soit apporté à la maison et vive sa vie dans la famille.

L’enfant qui lit Max et Lili

Il comprend tout de suite que chaque livre répond à ses questions les plus intimes et aborde sans complaisance un problème de la vie,  même ceux dont on n’ose pas lui parler. Ca n’assène pas une vérité. Ca permet à l’enfant de se poser des questions sur qui il est, ce qu’il vit, sans culpabilité. Il acquière ainsi une connaissance active de l’être humain en faisant sienne l’ expérience de Max et Lili, il y apprend l’art de la relation. Il apprécie qu’on le prenne pour quelqu’un d’intelligent capable d’avoir une opinion sur soi et sur son environnement,  et qu’on lui parle avec humour, même sur des sujets graves, ce qui a l’intérêt majeur de le désangoisser. Et il aime qu’on lui pose les questions de la fin du livre car il sent qu’on le prend en considération, que sa pensée compte. Ca lui fait se poser des questions auxquelles il n’aurait pas pensé ! Ca lui parle ! Et ça le fait parler !

Max et Lili  aide aussi les parents. Et quand un parent va mieux, l’enfant va mieux ! Ils se sentent moins seuls, et décomplexés en tant que parents  car  souvent ils ont l’impression qu’ils font tout mal… Leur enfant retrouve une bonne image de lui-même et ils redeviennent de bons parents.  Le courant passe à nouveau, entraînant le rire et des conversations intéressantes.

Le choix de l’enfant

Quand il y a un souci dans la famille, c’est l’enfant qui va choisir son livre car le parent a parfois un peu honte, il n’est pas anonyme à la bibliothèque, il n’a pas envie de montrer les problèmes de la famille. Le fait que l’enfant puisse choisir entre tous ces thèmes est un pas vers son autonomie. Il va chercher dans le bac tout seul. Il se lit le livre tout seul. Il prend son problème du moment à bras le corps. Il en fait son affaire. Il se gère. Il le cachera parfois dans sa chambre, ça peut être son secret. En tous cas, ça fera partie de sa construction, d’après les témoignages des générations précédentes… Il peut échapper ainsi un moment à la surprotection des parents ! D’ailleurs, quand il apporte son paquet de Max et Lili à l’accueil de la bibliothèque,  son parent surpris parfois s’interroge. Pourquoi a-t-il pris ces sujets-là ? Je me souviens d’une maman qui disait : Mais pourquoi tu as choisi « Max et Lili ont volé des bonbons ? Prends plutôt Lili est désordre ! ». A travers le choix de l’enfant, le parent découvre une part invisible de son enfant, et ça peut être l’occasion d’une discussion à la maison.

Lecture conseillée

Parfois, l’enfant vient demander au bibliothécaire de lui conseiller un livre sur tel ou tel sujet qui l’intéresse ou le préoccupe.

Un petit garçon qui avait perdu sa maman a demandé un livre sur la mort.  Le bibliothécaire lui a donné « Lili a peur de la mort » et en a parlé avec lui.

Une petite fille trop ronde est venue dire  : « Est-ce que c’est grave d’être gros ? Les autres se sont moqués de moi… » La bibliothécaire lui a donné « Marlène grignote tout le temps » et a lu les questions avec elle.

Une petite fille lui a montré son t-shirt et ses débuts de poitrine en lui disant : regarde c’est pas beau, ça se voit, j’aime pas. Elle lui a dit : « Mais si tu grandis ! » et lui a proposé : « Lili ne veut pas se montrer toute nue ».

Les enfants dont les parents divorcent sont apaisés par  « les parents de Zoé divorcent ».

Même « Max fait pipi au lit » a fait stopper cette sacrée honte à des enfants !

Une bibliothécaire  a entendu les confidences d’une animatrice dont la petite fille n’arrivait pas à travailler en classe. Son compagnon était en prison et elle ne l’avait pas dit à sa fille. La bibliothécaire lui a proposé « le tonton de Max et Lili est en prison » et la petite fille a pu en parler et s’est mise à bien travailler à l’école….

Je reçois des milliers de témoignages comme ceux-là, et vous imaginez comme ça conforte mon désir d’écrire !

Extrait de « Lili a peur des contrôles »  Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram
Extrait de « Lili a peur des contrôles » Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram

Confiance dans la collection

Certains parents inquiets disent : Tu es trop petit ! C’est pas pour ton âge !  Mais la plupart du temps,  personne ne met de frein à Max et Lili,  même sur des sujets délicats,  car l’effet collection  protège l’enfant et fait moins peur aux parents.  Le problème est englobé dans une série de problèmes. On sait que l’enfant va s’en sortir, ce n’est pas générateur d’angoisse, et qu’on va retrouver les héros dans d’autres aventures de la vie ! L’enfant ne prend que ce dont il a besoin dans le livre, et il peut relire le livre 40 fois… On sait aussi maintenant qu’on peut faire confiance à la collection et à ses auteurs, que c’est réfléchi, jamais déplacé, qu’il n’y aura pas de débordement.

Les professeurs des écoles les utilisent en classe pour faire des débats philos,  développer la liberté de pensée, la confiance en soi et la solidarité. Les enfants préfèrent souvent lire les Max et Lili que d’aller en récré ! Certains professeurs demandent aux enfants d’emporter un livre chez eux à la veille du week-end pour qu’il soit lu en famille. Les ados de la maison les lisent alors en cachette pour revisiter leur enfance et mettre des mots sur des émotions oubliées. Dans les BCD (centres documentaires) des écoles, les bibliothécaires connaissent bien les enfants et discutent des livres avec eux. Parfois les enfants cachent leur Max et Lili pour le retrouver après la récré.  Ils sont volés parfois, ce qui me réjouit secrètement !

Les psychologues, les orthophonistes, les travailleurs sociaux ont bien compris que ces livres permettaient d’entrer en contact avec les enfants qui souffrent, et que chaque livre était un médiateur précieux, car les enfants y trouvent du réconfort et des réponses à leurs questions.

J’espère vous avoir convaincu que Max et Lili sont des livres qui font du bien…  à cet âge si important où tout se met en place, la confiance en soi-même et envers les autres, mais aussi la dépression, le sentiment d’échec,  la solitude… à cet âge où il est encore si facile de se réconcilier avec le réel et d’inventer une façon heureuse d’être au monde !

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